| Qui sommes-nous ? | Adhésions | Plan du site | Rechercher | Admin |
| Accueil | Les nouvelles |
Le mécontentement des praticiens hospitaliers
mardi 26 septembre 2006

Interview du Quotidien du médecin

Dr Pierre Faraggi (CPH) : « Nous devons nous remobiliser »

Le président de la Confédération des praticiens des hôpitaux (CPH) considère que le moment est à nouveau venu pour les médecins hospitaliers de se mobiliser. Trop de dossiers sont en suspens, qu’il s’agisse de la nouvelle gouvernance ou de la rénovation du statut des PH, explique le Dr Pierre Faraggi, qui organise une journée d’action le 24 octobre prochain.

LE QUOTIDIEN - Comment abordez-vous cette nouvelle rentrée ?

Dr PIERRE FARAGGI - Avec un mécontentement de plus en plus profond. Nous avons le sentiment que l’hôpital public est mal traité. Partout, on entend dire que l’hôpital est le mauvais élève de la maîtrise des dépenses, qu’il est mal géré et dépensier. Cette déconsidération de l’hôpital nous semble malhonnête. C’est un très mauvais procès qui nous est fait.

Dans le même temps, de petites voix disent que l’hôpital respecte sa feuille de route ; en vingt ans, l’hôpital a diminué de 20 % sa part dans les dépenses de santé tout en ayant augmenté la qualité des soins. Mais ce discours pèse peu actuellement. Nous en avons assez de l’absence de réponses du ministère de la Santé, qui depuis des mois nous annonce des avancées qui n’en sont pas, faute de financement ou de vraie négociation. C’est pourquoi nous devons nous remobiliser.

LES PÔLES CRÉENT DES TENSIONS, CELA DIVISE LE CORPS MÉDICAL
Vous lancez un nouvel appel à la grève ?

La CPH organise une journée d’action et de sensibilisation le 24 octobre à l’attention de tous les PH. Les précédentes mobilisations remontent au 11 mai et au 8 juin ; ces deux journées de grève étaient centrées sur la réforme du statut des PH. Cette fois-ci, il s’agira d’un mouvement plus général pour la défense de l’hôpital public, et la défense du statut et des carrières des praticiens hospitaliers. La période, avec les échéances électorales qui approchent, est propice pour sensibiliser les responsables et les politiques de tous bords. Il faut se poser la question de la revalorisation de nos carrières, de nos retraites et de nos rémunérations ; c’est essentiel pour attirer les jeunes à l’hôpital.

Ce sera votre troisième journée d’action en six mois. N’y a-t-il pas un risque de lasser, à force de multiplier les manifestations ?

C’est vrai qu’il existe un risque d’usure par la répétition, mais le risque est encore plus grand si nous renonçons. Nos collègues ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête à cause de ce nouveau statut qui se profile et qui va accroître leur dépendance vis-à-vis de l’administration. Ils s’inquiètent aussi des réorganisations issues de la nouvelle gouvernance, qui s’appliqueront au 1er janvier. Pour toutes ces raisons, les PH ne comprendraient pas qu’on ne manifeste pas à nouveau. Il faut maintenir la pression. Dans le même temps, nous commençons à prendre des contacts avec l’ensemble des groupes parlementaires. Nous voulons que chacun prenne des positions claires sur l’avenir de l’hospitalisation publique et la place que doivent occuper les médecins. Dans les débats électoraux, la santé, c’est vrai, n’est pas toujours la priorité. J’espère qu’il en sera autrement cette fois-ci.

Faisons le point sur la réforme de l’Ircantec, le régime de retraite complémentaire des PH. Notez-vous des avancées ?

Tout a été gelé en décembre dernier sur injonction du Premier ministre. En juin, le ministère de la Santé a réuni les syndicats de médecins hospitaliers en nous disant d’emblée qu’il s’agissait de « discussions virtuelles ». L’idée était d’identifier des mesures prioritaires, tout en sachant qu’aucune décision ne pourrait être prise car la vraie négociation, qui interviendra entre le ministère de la Fonction publique et les grandes centrales syndicales, n’a pas commencé. Nous avons accepté de jouer le jeu, et de discuter, car nos collègues PH sont très inquiets. Mais, avec le recul, on s’aperçoit que ce n’était qu’un effet d’annonce, un piège. Le ministère de la Santé fait croire qu’il mène des discussions sur le sujet, mais il n’y a aucune négociation possible. Qu’il s’agisse de l’intégration de la prime d’exercice exclusif dans l’assiette de nos cotisations, ou du cas particulier des PH temps partiel, qui ne cotisent que sur les deux tiers de leurs revenus, rien n’est financé, rien n’est acté. Tout le monde sait que le dossier ne sera rouvert qu’après l’élection présidentielle. D’où notre mécontentement.

Vous citez également la nouvelle gouvernance hospitalière comme motif de mécontentement. Pour quelles raisons ?

La mise en place des pôles d’activité dans les hôpitaux entraîne beaucoup de difficultés, et des situations absurdes. On assiste parfois au mariage de la carpe et du lapin. Je pense que, souvent, ces réorganisations seront contre-productives en termes d’efficacité. Jusqu’à présent, l’hôpital fonctionnait bien, avec des praticiens qui n’étaient pas dans un positionnement hiérarchique les uns par rapport aux autres. Les pôles créent des tensions, cela divise le corps médical ; les chefs de service sont perturbés, mais aussi l’ensemble des praticiens. De plus, le fonctionnement en pôles ajoute des lourdeurs organisationnelles, sans que l’on dispose de temps médical supplémentaire.

Un commentaire sur la nomination de Jean Castex au poste de directeur de cabinet de Xavier Bertrand, et sur son remplacement à la Direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins (Dhos) par Annie Podeur ?

Ces derniers mois, on a eu d’énormes difficultés avec le cabinet du ministre de la Santé ; beaucoup de décisions ont été différées, rien de concret ne se passe. Nos relations étaient excellentes avec Jean Castex, mais nous avons eu peu de contacts directs avec lui, car les dossiers hospitaliers étaient gérés directement par le cabinet. Annie Podeur n’est pas une inconnue pour nous ; c’est une femme très engagée, je me félicite de sa nomination. J’espère qu’elle aura des marges de manoeuvre plus larges que son prédécesseur, pour que les choses avancent enfin.

En tant que psychiatre, quel regard portez-vous sur le projet de loi relatif à la prévention de la délinquance, qui suscite la polémique ?

Ce texte nous préoccupe beaucoup, il soulève une grande émotion chez tous les professionnels de la santé mentale et d’abord chez les usagers et les familles de patients. On assiste là à un amalgame insupportable entre la délinquance, la violence et la maladie mentale. Il est absolument nécessaire de retirer les articles 18 à 24 du projet de loi qui concernent les dispositions sur les hospitalisations d’office. Ce qui est insupportable également, c’est de voir le ministère de la Santé totalement silencieux, laissant le soin au ministère de l’Intérieur de légiférer sur le devenir des malades mentaux. S’agissant de soins, les modifications des mesures d’hospitalisation sous contrainte ne peuvent s’envisager que d’un point de vue médical et clinique à l’intérieur d’une loi sanitaire, sans que des dispositions viennent au préalable en confisquer les fondements. Toute autre démarche est rétrograde et stigmatisante pour les malades.

> PROPOS RECUEILLIS PAR DELPHINE CHARDON



Suivre la vie du site RSS | Accueil | Plan du site | Admin

Ce site est réalisé grâce au système de publication SPIP 2.1