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Pierre Faraggi (CPH) : une réforme « dangereuse pour la cohésion du corps médical »
lundi 21 avril 2008

Le président de la Confédération des praticiens des hôpitaux (CPH) juge que la réforme met en péril l’indépendance des PH.

Voir en ligne : Interview Le Quotidien du médecin

LE QUOTIDIEN – « N’ayez pas peur », « Ayez confiance », a dit en substance Nicolas Sarkozy aux médecins hospitaliers en présentant sa réforme hospitalière. Avez-vous peur ?

Dr PIERRE FARAGGI – Peur pour l’hôpital oui. Peur de mesures qui relèvent essentiellement d’orientations économiques restrictives, oui. Or les médecins viennent à l’hôpital parce qu’ils ont la volonté d’exercer dans le service public et d’y entretenir un certain type de rapport avec le patient. Le problème reste entier aujourd’hui de savoir quels médecins hospitaliers on aura dans l’avenir.

Des mesures qui touchent directement les médecins – nouvelles règles de nomination, part de rémunération variable optionnelle, contractuels de droit privé officialisés... –, laquelle vous frappe le plus ?

Jusqu’à présent, les conditions statutaires de nomination ministérielle des PH – à distance, donc, du décideur local – étaient un gage d’indépendance des médecins de l’hôpital. Cela fait partie des conditions qui permettent d’envisager une carrière dans un établissement, dans une discipline, au service des patients. C’est ce qui a structuré depuis les années 1970 un corps hospitalier engagé.

Diversifier les modes de rémunération, même selon une formule « à la carte », est dangereux aussi pour la cohésion de corps médical. Et je passe sur la faisabilité de la part variable du salaire car on se propose, en gros, d’amplifier ce qui existe déjà pour les chirurgiens. Or cette expérience de la « part complémentaire variable » a été un échec pour deux raisons : d’abord, on ne sait pas faire simple et la procédure arrêtée est tellement compliquée qu’elle n’est pas utilisable ; ensuite, la contractualisation induit de la subordination du médecin au directeur.

Précisément, le président l’a dit sans fioritures, les directeurs vont être les vrais patrons des hôpitaux...

Alors là, en matière de gouvernance, je trouve qu’on établit dans le cadre du secteur public la désorganisation institutionnelle la plus poussée qui soit. Jamais le privé ne se prêterait à un tel bouleversement ! Alors que les règles introduites par Hôpital 2007 sont loin d’être stabilisées, on modifie encore les choses ! En faisant du directeur le seul patron, oui, sans doute – mais je note qu’il est placé sur un siège éjectable...

Tout cela ressemble à un écran de fumée. On invente des dispositions nouvelles, lourdes à mettre en place et, dans l’intervalle, l’hôpital perd du temps et des parts de marché.

Les « valences » d’exercice proposées aux médecins vous conviennent-elles ?

Nous ne sommes pas forcément contre l’idée d’une valorisation de certaine. Mais cela doit se faire selon des critères nationaux, valables pour tous, et non par contractualisation locale.

Quant au statut purement privé qui est proposé aux « contractuels », je pense que tant qu’à travailler sur cette base, les jeunes praticiens iront voir du côté des cliniques.

A moins de mettre le prix dans leur rémunération ?

J’ai du mal à croire que ce soit d’actualité.

« Recomposer » l’offre de soins avec notamment des communautés hospitalières de territoire ou « restructurer » le parc, est-ce très différent ?

Je trouve qu’on insiste beaucoup sur les enjeux économiques, qu’on nous dit « l’hôpital est dans le rouge », « l’hôpital est malade ». En fait, l’hôpital est d’abord victime de son succès, de son activité importante, et, c’est vrai, de sa difficulté à recruter des professionnels. Surtout, il s’inscrit dans les budgets que lui attribue l’Etat. Il est en déficit ? Non, le choix politique est fait de ne pas le financer à hauteur de ce qu’il faudrait. Dans l’originalité de notre système qui veut que coexistent un secteur public et un secteur libéral, le choix est fait aussi de mettre plus d’argent d’un côté que de l’autre. Ces choix ont été faits sans qu’aucun débat ait eu lieu.

Sur les termes, on parle effectivement de « recomposition », de « communautés hospitalières de territoire » – je me souviens pour ma part d’un temps où les président de CME pour la psychiatrie avaient inventé « l’hôpital dans l’espace »... On en arrive à des considérations davantage axées sur une logique de communication que sur une logique fonctionnelle. Car sur le fond, dans le cadre de la législation hospitalière (très complexe), la boîte à outils n’existe pas pour constituer ces futures « communautés ». Présentée avec l’exemple de l’intercommunalité, l’idée est très sympathique mais le but est quand même de faire au plus juste pour retrouver vite des équilibres financiers alors que les tarifs plongent !

La « recomposition » serait-elle prise par le mauvais bout ?

L’exigence de qualité des soins et la démographie font que les restructurations ou les recompositions répondent à une logique inexorable. Mais cela doit se faire en cousu main, selon un schéma complexe – ce qui sera la bonne solution pour la Dordogne ne vaudra pas pour la région parisienne. Il faut un dispositif souple, calé sur le terrain et surtout abondé financièrement. Cela ne peut pas se faire dans une logique de réduction des coûts.

Cette réforme est présentée comme celle de la dernière chance pour le service public. Est-ce votre sentiment ?

L’hôpital aura vraiment eu tous les docteurs à son chevet ! Le dernier n’est pas le moindre puisque c’est le président. Mais présenter les choses selon l’angle du « maintenant ou jamais » n’est pas sérieux quand on pense à cet ensemble considérable qu’est l’hôpital public. Du plus petit CH au grand CHU, l’hôpital public assure et assume ses missions. Cela a un coût.

> PROPOS RECUEILLIS PAR KARINE PIGANEAU



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